Gainsb’Art, l’homme à la tête de l’art, l’expo événement

Entretien exclusif avec Roberto Battistini

Photographe de l’exposition Gainsb’Art, Roberto Battistini est licencié en cinéma et diplômé de l’école Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Il se forme à la technique mixte de la prise de vue-développement, dite du Zone System, élaborée par Fred Archer et le mythique Ansel Adams. Il expérimente par ailleurs longuement les techniques du tirage argentique en laboratoire. Attiré par la nature humaine, il opte rapidement pour l’art du portrait. Son travail est publié dans de nombreux magazines français et étrangers. Néanmoins, très attiré par le monde de l’art contemporain, nombreux sont les artistes majeurs qui défile devant son objectif. Un travail qui a donné lieu à diverses expositions. En 1987, il ouvre son propre studio de prise de vue et s’engage dans la photographie publicitaire tout en restant fidèle aux nombreux news magazines auxquels il collabore.

Depuis 2016, il développe des partenariats artistiques à quatre mains. Ce projet, inspiré des portraits uniques réalisés par le photographe en 1985 de « l’homme à la tête de choux », est intitulé « Gainsbourg Still Alive ». C’est un hommage rendu à l’artiste. Les œuvres multi-formes qui naissent de cet exercice de style sont le fruit d’un dialogue entre le travail de Roberto et celui de divers artistes qui proposent des ré-interprétations quelques fois surprenantes. Depuis, l’exposition se fait itinérante et accueille régulièrement de nouveaux créateurs et de nouvelles œuvres.

Comment nait ce projet sur Gainsbourg ?

Trois évènements en sont à l’origine. En 2009, le tirage Vintage de Serge Gainsbourg est vendu aux enchères chez Kapandji-Morhange. Je réalise que mes photographies plaisent aux collectionneurs ! En 2011, 20e anniversaire de la mort de Serge Gainsbourg, la Galerie Fifty One expose mes portraits de lui chez Sotheby’s, ainsi qu’à l’Alliance Française de New York, avec celles de William Klein et d’Helmut Newton. Vous imaginez ma fierté ! La presse relaie le sujet et elle devient iconique. Puis, la Maison Européenne de la Photographie, dans le cadre du Mois de la Photo, à Paris, sélectionne mon travail sur les portraits d’artistes dans leur atelier : « Regards d’Artistes ». J’imagine alors le dialogue possible entre photographie et arts plastiques pour rendre hommage à Serge Gainsbourg. J’en parle à Peter Klasen. Enthousiaste, il réalisera la première œuvre. Très vite suivis par Erro, Jacques Villeglé et Hervé di Rosa.

Un souvenir sur votre séance photo avec lui ?

Elle était organisée au 6e étage du 55, rue d’Amsterdam, à Paris, siège du magazine Médias. Un samedi matin. Et pour des raisons de sécurité l’ascenseur était coupé le week-end. Serge se fait déposer en taxi et sonne. Je lui ouvre et dévale les escaliers à sa rencontre pour le retrouver devant l’ascenseur qui ne fonctionne pas. Je perçois son impatience et sa fatigue. Je lui propose alors de prendre notre temps pour monter les étages à pied. À chaque étage, la même question : « Sommes-nous arrivés ? » Je lui rétorquais à chaque fois que c’était juste au-dessus. J’avais la boule au ventre qu’il ne reparte et annule notre séance de prises de vues. Une fois au 6e, il a été adorable et très coopératif. Pour finir, j’ai eu le plaisir de le raccompagner en voiture jusque devant le casino de Paris, où il se produisait.

Avec qui voulez-vous continuer l’aventure ?

Les artistes sont nombreux, mais c’est avant tout une histoire de rencontre humaine et de complicité évidente. Mais pour en citer quelques uns, je dirais JR, Combas, Peter Saul, Yayoi Kusama, Rotraut, Lee Bae et la liste est longue.

À choisir, photo d’art ou photo-journalisme ?

Ce sont des univers très différents. Dans l’approche artistique de la photographie, on « shoote » peu et on réfléchit d’avantage à la démarche initiée et aux questionnements sur son travail. Quant à la presse, elle a malheureusement perdu de sa magie à mes yeux, mais toutes ces années à parcourir le monde ont été une merveilleuse école de la vie.

Quel regard portez-vous sur la photo ?

L’univers de la photographie a évolué car je suis sans cesse confronté aux « Regards des Artistes ». Je les photographie et je les sollicite dans le cadre de nos collaborations artistiques multiples du projet Gainsb’Art. En 2022, la photographie s’inscrit dans un champ beaucoup plus vaste qui est celui des arts plastiques et de l’art contemporain. Cela interpelle et questionne en permanence mon propre regard sur ce médium. C’est cela qui m’intéresse aujourd’hui.

À découvrir jusqu’au 15 novembre 2022, à la Yoxeone Art Gallery, 11, rue de la Sourdière – 75001 Paris. yoxeone.com

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